PORTRAITS D'ARTISTES
SPECTACLES DE FEU
Comment as-tu découvert l’univers du spectacle de feu ?
Retour en 1993, sur un stage BAFA cirque. Là, un formateur à l’énergie brute, Désiré N’Goma, m’initie à un art aussi fascinant que marginal à l’époque : le cracheur de feu. C’est un déclic. L’odeur du carburant, la tension du souffle, la chaleur immédiate : un cocktail inoubliable. Nous sommes devenus amis, j’ai rejoint sa compagnie, Chapiteau d’Afrique, et j’ai découvert les premières formes de feu dans le spectacle. Pas encore de solo flamboyant ni de structure écrite : juste des étincelles insérées dans des numéros de cirque ou des animations. C’est plus tard, en rencontrant Shay, que j’ai réellement pris conscience du potentiel visuel et poétique du spectacle de feu à part entière.
Quel a été ton premier contact avec un objet enflammé ?
Ce n’était même pas un objet, c’était… ma bouche. Le premier contact fut direct, frontal. Prendre en bouche du pétrole désaromatisé, sentir le picotement sur les gencives, maîtriser son souffle pour cracher une gerbe de feu. Terrifiant, galvanisant, viscéral. J’ai adoré. Dans ce mélange de peur, de fascination et de puissance, j’ai trouvé une vibration unique. Celle qui fait qu’on ne revient jamais complètement de cette première flamme.
Qu’est-ce qui t’a attiré dans les arts du feu ?
La beauté brute. La force d’un élément naturel, indomptable, qu’on tente de canaliser sans jamais totalement y parvenir. Il y a dans la flamme quelque chose de rebelle, de noble, de spectaculaire. C’est un art qui ne triche pas. Quand ça brûle, ça brûle vraiment.
Quel est ton agrès de feu préféré et pourquoi ?
Sans hésiter : les cages de charbon. C’est l’effet « waouh » par excellence, obtenu avec presque rien. Quelques morceaux de grillage, du charbon de narguilé, et une maîtrise précise du rythme. J’aime cette montée progressive : un spin lent, presque méditatif… puis l’accélération, le choc des braises qui explosent en une pluie incandescente. C’est simple, brut, et terriblement efficace.
Y a-t-il un moment fort d’un spectacle de feu et de pyrotechnie qui t’a particulièrement marqué ?
Oh oui. Le jour où j’ai croisé Shay, par hasard, à Notre-Dame de Paris. Ce que j’ai vu ce soir-là a pulvérisé mes repères : un jongleur de feu d’un autre monde, qui enchaînait les figures de double staff avec une précision chorégraphique hallucinante. Des catas dignes d’un manga, une gestuelle minimaliste et une maîtrise totale de la scène. Et ce final… les artifices, les crépitements, la lumière qui éclate dans la nuit. J’ai su que je voulais apprendre. Je suis allé le voir, sans détour, et il a accepté de me le partager. Ce fut le vrai point de bascule.
Comment se prépare-t-on avant un spectacle de feu et pyrotechnie ?
D’abord : une sieste ! Sérieusement. En été, les spectacles commencent tard, notamment pour les mariages. Je décale mon rythme pour garder l’énergie jusqu’à la fin de la nuit. Ensuite, place à une préparation méticuleuse : contrôle du matériel, vérification des fixations, préparation des pyros, programmation des objets lumineux. Et bien sûr, les répétitions. Lorsqu’on est en groupe, la précision est vitale : pour la sécurité, mais aussi pour l’impact visuel. Le feu ne laisse pas la place à l’à-peu-près.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait devenir jongleur de feu professionnel ?
D’abord, es-tu sûr de vouloir faire ce métier ? Italo Médini, mon prof de jonglage, posait toujours cette question. Elle reste d’actualité. Si la réponse est oui, alors entraîne-toi 20 heures par semaine pendant 3 ans. Acquiers une base technique solide, en bolas et staff puis ouvre toi à la danse, à l’acrobatie et/ou au théâtre. Et surtout, trouve un mentor, une compagnie, une scène. Sans le réseau et le statut d’intermittent du spectacle, vivre de cet art est une gageure.
Selon toi, qu’est-ce qui rend un spectacle de feu mémorable ?
Comme disait Léonard de Vinci : « Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. » Un spectacle de feu marquant, c’est une alchimie : un soin porté à la mise en scène, aux lumières, à la musique, au rythme. Mais aussi à l’intensité de chaque geste, à la cohérence entre les tableaux. Le lieu compte aussi énormément : une place, un théâtre de verdure, une cour de château, tout peut jouer. Et il faut composer avec le public : celui qui a bu un peu trop, celui qui s’attend à voir du Shakespeare, celui qui est juste là pour rêver. Pour un spectacle mémorable, il faut aussi un public mémorable pour porter les artistes et les amener à se dépasser.
Quels sont tes événements favoris pour réaliser des performances de feu ?
Les mariages. Sans hésiter. Les installations se font dans le calme pendant que les invités dînent. Et puis tout à coup, la musique monte, les portes s’ouvrent, les convives débarquent en plein air. Et là… shakaboum. L’énergie est folle, l’émotion à vif.
Quelle est l’importance des effets pyrotechniques dans un spectacle de feu ?
Essentielle. C’est même par la pyro que je démarre mon spectacle Opus de feu. Une ouverture fracassante, pour capter l’attention, poser les bases : ici, on ne plaisante pas avec le feu. Les effets pyrotechniques créent du contraste, des respirations visuelles. Ils structurent un solo, créent des moments suspendus. Et surtout, ils élargissent l’espace scénique, ce qui est crucial quand on est seul sur scène.
Quel est pour toi l'avenir des spectacles de feu?
Radieux. Le feu est éternel, intemporel. Mais il se renouvelle. Aujourd’hui, l’alliance du feu et des objets lumineux programmables ouvre un champ créatif fascinant. C’est une nouvelle esthétique. De plus en plus de compagnies explorent cette hybridation. Le feu pur ne disparaît pas : il se sublime, se transforme, s’étoffe. Il évolue sans se trahir.
“La flamme peut détruire. Maîtrisée, elle illumine.”
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